025 – Chronique/interview d’un Jazzman: Sébastien JADOT (Huy) & the « Huy Got Rhythm » – 30 ans de musique et de partages.

Cette fois, j’ai un peu « le cul serré »… Je m’attaque à du lourd, bien que mon camarade Sébastien JADOT me dirait lui-même: « Pas de stress, Vincent, pas de stress… »

Pourtant il faut bien admettre que Sébastien, au demeurant d’un abord simple, humain et d’une humilité incontestable, est un sacré personnage hutois dont l’aura rayonne dans toute la Wallonie… Et d’ajouter que je ne suis pas un spécialiste du Jazz, bien qu’initié très jeune par mon père, Claude POITIER, ami de Sébastien et lui vouant une certaine admiration (cf chronique n°012: Chronique d’un trompettiste).

Issu de l’Athénée Royal de Huy, l’homme né en 1964  enseigne la musique au Conservatoire de Huy depuis 1983 (et y fut nommé en 1990). Professeur de bugle, de cornet, de lecture à vue, de transposition, de trompe de chasse, de trompette, de tuba, de trombone et d’ensemble instrumental, il a de nombreuses « cordes » (oh le vilain jeu de mot antagoniste) à son arc…

Il joua de 1989 à 1993 au sein « l’Opéra Royal de Wallonie » (300 musiciens, danseurs et collaborateurs, toutes disciplines confondues) ce qui représenta une très riche expérience, me dira-t-il lors de notre entretien téléphonique du 06 avril.

En 1983, Sébastien JADOT se voit offrir par « L’Académie d’Eté de Wallonie » (Libramont) un stage à Paris, au  « Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse » où il s’inscrira deux ans plus tard, en 1985, et y suivra les cours pendant trois années, à l’issue desquelles il se verra gratifié d’un premier prix en 1988…

L’homme maîtrise la musique, ou faudrait-il dire, la Musique habite l’homme… Sébastien me confiera que ces trois années à Paris furent onéreuses pour ses parents, et que ses conditions d’hébergement en « chambre de bonne » furent archaïques, mais c’est à ce prix (au sens propre et figuré) et au prix d’un travail très assidu, qu’il a brillamment traversé ces trois années mémorables…

Sébastien JADOT a joué dans divers groupes, comme « Leader » ou « Sideman » (non permanent ou pour des enregistrements).

Le « Sandyland », le « New Sadi Big Band », « Soul Age », « Tivoli Band », « Brussels Little Big Band », « Orchestra Vivo! », « The Belgium Jazz Big Band »

Il dirige au Conservatoire de Musique de Huy le « Combo Group » avec ses élèves…

Actuellement « Leader » du « Huy Got Rhythm », quartet précédemment appelé le « 3G«  signifiant « trois générations« , Sébastien vit sa passion… Un groupe tout à fait local dont les enregistrements ont lieu au studio « Baiwir » (Neuf Bonniers, Tihange), me précise Sébastien.

Le « 3G » fut créé vers 2013, à l’occasion du trentième anniversaire de « Ça Jazz à Huy », dont le célèbre et regretté Fernand LAUNOY (maître du Scat) était l’instigateur (cf lien Youtube: Fernand Launoy chante). Ce festival de Jazz a vu naître des talents tels que Eric LEGNINI (cf lien Youtube: Eric LEGNINI au piano – jazz), le regretté Jean-Pierre CATOUL (cf lien Youtube: Jean-Pierre CATOU au violon (Spa) ), notamment.

Sébastien met en exergue le fait qu’en musique, selon lui, trop de scissions existent, on met certains musiciens dans des cases… Il aime à réunir des jeunes et des moins jeunes, créer des ponts, des passerelles entre les générations de musiciens, et les encourager…

Ce groupe appelé aujourd’hui « Huy Got Rhythm » est composé de José BEDEUR (Basse), Guillaume VIERSET (guitare), Antoine CIRRI (drums, aîné et dernier arrivé dans le groupe), et enfin Sébastien JADOT (trombone)… Le nom du groupe fait clairement allusion à Gershwin qui composa « I Got Rhythm ». Les quatre musiciens se connaissent bien et sont tous issus du Conservatoire de Musique de Huy. Sébastien insiste d’ailleurs sur le « NOUS », estimant que c’est l’ensemble qui crée le rythme.

Le groupe est destiné à s’agrandir et accueille régulièrement, lors de ses prestations, des invités tels que Timothé LEMAIRE (trombone), par exemple…

Le Quartet « Huy Got Rhythm » et le « Combo Jazz » ont ravi les oreilles des fans du style en 2015 notamment, sur la Grand-Place de Huy, à l’occasion du week-end « Ça Jazz à Huy » (du 24 au 26 juillet). Ce fut la deuxième expérience du genre pour le « Combo Jazz » (les élèves de Sébastien).

Découvrez sur Youtube quelques minutes en compagnie du quartet, en cliquant sur le lien suivant:

« Huy Got Rhythm » – quartet Jazz

Ah oui, j’allais oublier! Sébastien a aussi dirigé pendant douze années la fanfare de Braives, fanfare qui a 120 ans et dont le nombre de musiciens a augmenté suite au mentorat du maître qui a su insuffler un renouveau en recrutant de jeunes musiciens.

Fidèle à mon style, j’espère que Sébastien ne m’en voudra pas d’évoquer l’homme que je perçois… L’homme au chapeau, protégeant sa calvitie, mais peut-être aussi sa pudeur, lui qui s’exprime le mieux en jouant de la musique…

Calme, posé, gentiment indigné, souriant, à l’écoute, pertinent, cultivé, il n’interrompt jamais son interlocuteur…

L’oeil sage et éveillé, il agrémente votre journée de sa présence… Vrai, imprégné d’un sentiment de justice, il a un avis éclairé sur les choses de la vie… Régulièrement, il entame ses publications « Facebookiennes » d’un court préambule: « Et si c’était vrai? »

Maître de l’improvisation, ce qui est un genre musical en Jazz, Sébastien Jadot offre du plaisir, de la musique… Cette musique qui ne sait pas toujours ce qu’elle va dire… Celle qui est dans l’instant partagé avec son quartet « Huy Got Rhythm », et avec le public… « Mais attention, l’improvisation ne s’improvise pas », précise-t-il, « cela demande une grande technique autour d’un thème et d’une structure. »

Mais au fait, Sébastien, d’où te vient l’amour de la musique?

  • « Je n’ai rien calculé, je ne l’ai même pas fait exprès… Je suis né à Ben (Huy), où dans les années soixante, il ne se passait pas grand-chose, à part le club de football et la fanfare locale. Ma mère chantait à la chorale. J’ai intégré la fanfare au Trombone et y ai joué assidûment. Etant le seul trombone, je me suis fait remarquer… Je travaillais beaucoup, et on m’a appris que j’étais doué, je ne le savais pas… Je dois dire que jouer de la musique m’a évité de traîner dans les rues, de faire des bêtises, ça m’a « cadré »… La musique m’a procuré une forme de PAIX… C’est arrivé inconsciemment… »

L’Art, la Musique, n’ont pas d’utilité concrète dans notre société, mais ils bercent nos âmes, nos coeurs, et cela est essentiel…

Et Sébastien d’ajouter: « Le Jazz, c’est une danse, c’est comme une transe… C’est capital… »

« Et si c’était vrai?… »

Merci Sébastien, merci l’artiste,

Merci le « Huy Got Rhythm« , merci la musique, merci le Jazz…

Vincent Poitier,

08 avril 2020

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