038 – Chronique/interview d’une figure locale hutoise: Jacky DUBOIS – « Maître de cérémonie » depuis 28 ans (Ville de Huy)

 

J’ai abordé des artistes, des auteurs, des artisans, des amis, des fonctions, au travers de mes différentes chroniques… J’ai décidé d’élargir encore un peu le spectre de mes pérégrinations en choisissant cette fois une figure locale que je considère comme singulière et non moins remarquée, sinon remarquable…

Qui s’est marié à Huy, a assisté à une visite de personnalité, un Te-Deum, ou autre réception officielle à l’Hôtel de ville hutois, n’aura pu ne pas remarquer ce « Chambellan » des temps modernes, le maître de cérémonie, Jacky DUBOIS.

Depuis une petite trentaine d’années, Jacky revêt inlassablement le smoking noir, le noeud papillon du même ton, la chemise blanche, et cerise sur le gâteau (pardon Jacky), cet intrigant collier en étain, constitué de douze médailles sur lesquelles sont gravés les onze anciens métiers de Huy et l’emblème de la ville, l’une des plus anciennes de Wallonie…

Liens web sur les onze anciens métiers de Huy, cliquez ci-dessous pour leur description:

Les 11 anciens métiers de Huy

Description 11 anciens métiers Huy

Lorsque je l’ai contacté en vue d’une interview, Jacky m’a répondu spontanément qu’il ne savait pas s’il était un personnage mais qu’il jouerait le jeu (sic). Et il l’a joué, le jeu, pendant près de trois décennies, et durant une heure en ma compagnie, pour répondre à mes questions que se posent certainement bon nombre de citoyens hutois…

Jacky DUBOIS est né en 1956. Il fréquente l’école d’hôtellerie et à 16 ans travaille pour l’entreprise COURTOIS DECORS (Huy) de 1974 à 1976 (et il a même travaillé avec mon père, me dit-il), après quoi il s’engage dans l’armée belge où il finira carrière au grade de 1er Caporal Chef.

Il a vécu au rez-de-chaussée de l’Hôtel de ville (à la conciergerie) de 1991 à 2009. Quelques mois plus tard, Anne-Marie LIZIN lui propose d’endosser la fonction de « Maître de Cérémonie » de la ville de Huy, fonction qu’il a endossée et exercée jusqu’à aujourd’hui encore.

Ce 31 août 2020, je me suis rendu à Belgrade (Namur), où j’ai pu poser quelques questions à Jacky DUBOIS afin de personnaliser et peaufiner ma chronique:

– Dis-moi, mon cher Jacky, comment es-tu devenu ce que j’appellerai noblement « Chambellan » de la Cour hutoise? (rire…)

  • « Et bien, en 1991, la ville de Huy cherchait un concierge. Ma maman, qui connaissait très bien Anne-Marie LIZIN, déjà Bourgmestre de Huy, l’a contactée afin de lui suggérer ma candidature, et madame LIZIN a accepté. J’habitais à l’époque rue Nicolas Jadot, en bord de Meuse. J’ai déménagé le 31 janvier 1992, vers la Grand-Place hutoise, à l’hôtel de ville, alors qu’il y avait des inondations dans ma rue. Nous avons d’ailleurs dû déménager de la maison vers le camion de transport à l’aide d’une barque que nous avait prêtée Pierre DIRICK qui était voisin. »
  • « La fonction de maître de cérémonie était alors dévolue au sieur BOVY qui était postier. Pierre SAUVAGE a exercé un intérim de deux week-end après quoi elle m’a été confiée jusqu’à aujourd’hui. »

–  Et qu’en est-il de ce fameux collier de métal qui fait toute la singularité de cette fonction? Les médailles représentent les onze anciens métiers hutois, c’est bien cela? D’où vient cet objet digne d’un musée?

  • « Ce collier en étain a été confectionné par Monsieur FALLAIS des Potstainiers hutois, et offert à la ville de Huy en 1976. Les douze médailles qui le constituent représentent effectivement les onze anciens métiers de Huy et l’emblème de la ville. C’est un objet absolument UNIQUE. De temps en temps, Guy COLOMBEL (que les hutois connaissent bien aussi pour ses photographies), qui est un ancien polisseur des Potstainiers hutois, en réalise l’entretien. »
  • « Je ne vis plus à Huy depuis onze ans et demi, mais j’exerce toujours cette fonction que j’aime, en tant que hutois de souche. C’est un peu comme au Sénat à Bruxelles, on voit également des huissiers de salle revêtus du même genre de parure. Je pense qu’il n’y a plus qu’à Huy qu’existe cette fonction communale singulière. »

Jacky me montre alors un plateau en étain sur lequel sont gravés les emblèmes des onze anciens métiers de Huy (cf photo ci-dessous):

– Quels sont les divers contextes pour lesquels ta fonction officielle est sollicitée?

  • « Les mariages, les Noces d’Or, les cérémonies officielles (Te-Deum etc…), patriotiques, les réceptions de personnalités… »
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Square Henrion

– Pour les lecteurs, as-tu quelques anecdotes croustillantes à évoquer, survenues lorsque tu officiais?

  • « Ouf, il y en a beaucoup! (rire) Un jour, il y a des années, Madame LIZIN était fort en retard pour célébrer un mariage à l’hôtel de ville. Je la contacte par téléphone et elle me répond qu’elle arrive, qu’elle est sur le pont… Ne la voyant pas arriver, j’insiste, et lui demande sur quel pont elle se trouve? En fait, elle était sur un pont à Bruxelles… On l’a attendue presque deux heures… »
  • « Une mariée devait se rendre aux toilettes, toujours à l’hôtel de ville, mais elle ne parvenait pas à y entrer car sa robe était trop bouffante… »
  • « Un jour, un futur marié n’arrivait pas à la cérémonie civile de son propre mariage (il y avait très peu d’invités)… Sa future femme l’appelle et il lui répond qu’il ne peut se marier ce jour-là, qu’il est en voiture et qu’il a trop de travail… Et il n’est pas venu… »

– Combien de temps penses-tu exercer encore cette fonction?

  • « Je suis pensionné de l’armée, mais pour ma carrière mixte, je serai pensionné fin 2021. Je serai sans doute le dernier que tu nommeras « Chambellan », à mon avis… »

***

Aujourd’hui, Jacky DUBOIS ne vit plus à Huy, mais son coeur y est demeuré, m’a-t-il confié en fin d’interview… Il est un inconditionnel, comme moi-même qui suis issu de la cité Mosane… Cette belle cité médiévale (en passant par les Mérovingiens, du Vème au VIIIème siècle), dont on trouve un embryon historique remontant à l’époque romaine, semble-t-il…

Nous ne sommes pas toujours conscients de fouler autant d’Histoire et de singularité à laquelle participe la fonction que Jacky DUBOIS a revêtue durant près de trois décennies…

Gageons que le pouvoir public communal augure de la faire perdurer, et ainsi conserver, autant que faire ce peut, ce petit quelque chose qui appartient aux « Titis » de Huy et à leur histoire commune…

A moins que ce magnifique collier en étain n’aboutisse dans les rayons du Musée communal… Qui sait…

Dans tous les cas, merci Jacky pour ta confiance (nous sommes parents éloignés par alliance), pour ton accueil, et pour l’accueil typique, quasi folklorique, que tu as réservé à bon nombre de hutois, durant toutes ces années…

Bon vent, Jacky!

(et merci pour la bière spéciale de Chimay…)

Vincent Poitier,

31 août 2020

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