039 – Chronique/interview coup de coeur: « Le chanteur de rue »: Anthony TOMAS (Huy – 47 ans), l’instant magique…

Samedi 19 septembre 2020, je descends en ville, place Verte, Eglise St-Mengold, je vais visiter l’expo initiée par Jérôme Heymans, « Live factory » (Huy), où il fait bon de découvrir (ou redécouvrir) des artistes régionaux (dont ma fille Chloé Poitier, cf Chronique Chloé – et Serge NOKIN – Chronique Serge NOKIN) dans un cadre atypique, il faut l’admettre. Cela fait du bien de voir des artistes, après cette longue période de privation (Crise sanitaire et consor, et tchinisses et misères…)

J’ai emporté mon bloc notes, à l’instar des scouts (dont j’ai fait partie pendant 13 années), toujours prêt à chroniquer

Ce n’est pas l’envie qui fait défaut, mais ça ne ne vient pas du ventre, seulement de la tête… Je ne veux pas faire du réchauffé, même si souvent c’est bon, voire meilleur…

Je rencontre Pierre, Paul, Jacques… Passage à la librairie, un petit godet chez Luigi (au Caribouff’)… Le regard évasif, je fume ma clope… Un mec chante à quelques dizaines de mètres, dans la rue, à l’angle des Rôtisseurs, Augustins et Fouarges… Je reconnais sa voix et sa silhouette… Je le connais, et on s’est vu hier soir à la sortie du spectacle de Janguy LIZIN (« Le Portrait de Dorian Gray ») dont j’ai assisté à la Première au Centre Culturel de Amay avec Alex (chronique Alexandre), mon frérot, et nos compagnes respectives… (Compagnie théâtrale des « Brankignols » – https://www.facebook.com/ciebrankignols )

J’ai connu ce chanteur (Anthony TOMAS), peut-être deux années auparavant, et on s’était plu… Je lui avait offert mon premier livre (« La Mort dans l’Âme »), comme ça, alors qu’il chantait en rue… Et il chantait bien, le bougre… Nul ne sait pourquoi, mais nous nous étions « rencontrés », au « Kif » humain, hors tout contexte… Ça ne s’explique pas, ces choses là…

Je quitte donc ma chaise empruntée chez Luigi, et me dirige vers Anthony, qui termine une chanson… A quelques dix mètres de lui, j’entonne « Petite Marie » de Françis Cabrel... Anthony me voit, m’identifie, et commence à faire vibrer les cordes de sa « gratte » sur cet air précis, et nous chantons de concert, sur l’espace public… Quelques rares personnes s’arrêtent, écoutent, nous regardent, intriguées positivement de cet élan impétueux et musical, hors du temps et des conventions sociales, ce qui me plaît terriblement…

Nous échangeons ensuite quelques mots, et je lui demande prudemment si je peux écrire une chronique à son sujet… Et il accepte avec le sourire, entre deux chansons…

Il est de Huy, sans autre précision, est né le 31 août 1973, et il me répond naturellement:

Anthony, comment vois-tu ta vie?

«  Il n’est jamais trop tard! Jusqu’à preuve du contraire, nous sommes tous immortels! »

Pourquoi chantes-tu dans la rue?

« J’aime ça, c’est une nécessité… J’aime accrocher les gens, transmettre, échanger quelque chose… J’aime l’état pur… »

Qu’est-ce que cela t’apporte?

« Cela crée une émotion collective, une mise en lumière… »

Pourquoi acceptes-tu de répondre à mes questions?

« Parce que tu es réceptif, une âme en appelle une autre… » (avec un grand sourire…)

Sur cette belle phrase, Anthony TOMAS entonne une de mes chansons fétiches, « L’Opportuniste » de Jacques DUTRONC… Il sait que cette chanson me plaît, et c’est sa manière de me dire « Merci… »

Je crois, finalement, que les gens ont envie, mais qu’ils n’osent pas… Alors parfois, nous osons créer ou provoquer un instant magique, et ça leur plaît… Leur visage les trahit, mais pas encore les mots qui sont inutiles à cet instant… Peut-être plus tard…

Notre monde est bardé de règles, cohérentes ou non, et nous obtempérons… Mais que fait-on de si mal, à chanter dans la rue, au vu et au su de quiconque, faisant preuve d’une once de courage d’exister, et d’inviter ainsi un passant qui passe à partager le moment…

Je connais peu ce chanteur de rue, Anthony TOMAS... Mais j’en sais assez, j’en ressens suffisamment que pour avoir confiance en cette connexion d’âme, car c’est encore une fois ce dont il s’agit…

Nombreux sont ceux qui passent devant lui, sans le regarder ni l’écouter… S’arrêter, écouter, à cet instant, qui que vous soyez, cela signifie VOUS arrêter, et VOUS écouter, quelques instants, que votre vie vous offre…

Vous l’acceptez si vous le souhaitez… Personne ne vous y oblige…

Ne restons pas indifférents…

Merci Anthony, pour ta confiance, pour ta voix, pour ton regard profond, ainsi que pour ton humble courage, celui de chanter dans la rue…

Vincent Poitier,

19 septembre 2020

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