090 – Billet aqueux: « L’affable de la fontaine »

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J’écris au compte-gouttes, sans que ne se tarissent mes idées de malice…

Le puits de l’inspiration ne semble pas pourvu de fond…

Je puise à la source des textes potables, sans forcer la vanne que les mots râlent…

Qui sous-estime le message d’une fable, ne part en voyage qu’au détours des péages…

La femme fontaine, si elle existe, est peut-être un fantasme aux bas seins, d’où naît et coule le cycle de vie, et d’où mes mots filent…

La fable ineffable que, d’un impondérable, j’ai couchée sur la table, vous parlera peut-être si vous cherchez qui vous êtes…


Maître Cordeau, dans ses palabres plongé, pensait à sa vie qu’il avait mise en cage…

Assis sur un banc, à la tombée du soir, par l’odeur intrigué, il aperçut un clochard…

Nippé de guenilles, souriant à la vie, les yeux un peu hagard, comme sortant du mitard, le vagabond ne semblait pas moribond…

Fixant le jet d’eau jaillissant d’un tuyau, du bassin communal de la fontaine locale, son corps était las, qui sonnait le glas…

Comme dans une transe, dictée par sa conscience, les yeux plongés dans l’eau, il était pourtant beau…

L’avocat sans défense lui demande à quoi il pense, ce à quoi répondit, le vieil homme étourdi:

  • Ne buvez pas mes paroles car celles-ci s’envolent, déposez en rade, vos pensées en cascades, et regardez cette eau, couler du tuyau… Oubliez vos audiences, accueillez tous vos sens…

  • Comment savez-vous que je suis avocat, alors que vous ne me regardez pas?
  • Je sens vos pensées vous phagocyter, l’eau le sent aussi, elle ne fait plus le même bruit… Vous n’êtes pas présent…
  • Mais je le suis, regardez-moi donc!
  • L’homme papote, l’eau clapote… Elle est fluide et limpide… Regardez-là filer, emmener vos pensées… Elle ne peut que vous apaiser…

Maître Cordeau sentit son corps d’eau se mettre au diapason, au rythme de sa saison…

Se mirant dans l’eau, au son du clapotis, il sentit dans son dos, courir des fourmis…

Déposant sa jaquette, abandonnant sa quête, il se rendit vite compte qu’il ne s’agissait que d’un conte…


L’amoral de cette histoire est qu’il vaut mieux prendre parfois le temps d’être dans l’étang que de courir pour être dans les temps…

Lorsque l’eau rage, ce sont les mêmes gouttes, et cela, quoi qu’il en coûte…

Vincent Poitier, alias « le Pensiologue »

09 juillet 2021

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