115 – Billet poêlant: « Pas d’omelette sans fric assez »

« L’oeuf et la poule », une équation non résolue à ce jour…

Pour garantir son omelette, il faut nécessairement casser des oeufs…

Yves, petit propriétaire « t’es rien » mais visionnaire, acquit quelques poules afin de régulariser l’apport domestique en oeufs et amortir son investissement en nourrissant à moindre coût sa mie Mylène et leurs lardons…

Au début, l’affaire roulait. Tant que la production d’oeufs dure, aucun risque de se retrouver sur la paille, pense Yves, le villageois.

Ainsi, même sans fric assez, je peux casser des oeufs… Cette histoire fit du foin au village et attisa la curiosité…

Ses voisins s’en enquirent et voulurent lui acheter ses oeufs à un prix inférieur à celui du marché…

Yves, comme un coq en pâte, accepta sans sourciller, empreint de solidarité. Il acheta plus de poules pour répondre à la demande croissante…

Le renard, attiré pas par hasard, préleva avec véhémence, lui aussi, sa pitance, au grand dam de Yves qui dût investir dans la construction d’un poulailler, ce qui impacta le prix des oeufs et dissuada quelques villageois d’encore lui en acheter…

Le bec dans l’eau avec ses poules, Yves eut peine à rembourser son investissement. Il s’assit un instant sur son banc croûte, et réfléchit…

Pour sortir de ce dédale, il se mit à fournir les collectivités locales qui lui achetèrent de plus grandes quantités à un prix unitaire plus délétère pour sa petite affaire…

Ayant mis tous ses oeufs dans le même panier, il regretta ce pis-aller qui le retournait comme une crêpe…

Dépité, il déboucha un bon vin de sa cave et cuisina une poêlée de cèpes à Graves…

Le moral miné par les lois du marché, Yves n’avait plus de fric assez et risquait de se retrouver à poil avec ses poêles, lui qui, courageux, n’avait pourtant pas des oeufs sous les bras…

Voyant son entreprise qui coule, Yves décide de vendre toutes ses poules…

Il n’en garda que deux, expliquant à ses lardons que ses bonnes intentions l’avaient mené à la déraison…

Leur servant leur omelette, il en conclut que pour contenter la foule, il valait mieux leur enseigner l’élevage de poules…

Il devînt un sage au coeur de son village, et fit des émules parmi toutes les mules qui profitaient avant d’économies d’argent, au détriment, à l’unisson, du bon sens et de la raison…

Qui vend un oeuf vendra un boeuf, asservissant sa petite famille servie dans l’infamie…

Le coq ovin, ce n’est pas pour demain!

Demandez à Mylène, la mie d’Yves, si elle préfère se faire tondre ou plumer, et vous verrez qu’elle ira faire sa crème ailleurs que dans sa crémaillère…

Alors, qu’en pensez-vous à présent? L’oeuf ou la poule? Il y en a bien un qui de l’autre découle!

p.s.: Je vais reprendre un cachet et appeler l’ambulance…

Vincent Poitier, alias « le Pensiologue »

23 novembre 2021

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