007 – Concert ARNO – Ancienne Belgique (Bruxelles) – 25 janvier 2020.

Samedi 17h30, nous passons prendre Jef (diminutif) chez lui qui nous rejoint dans la voiture, Laurence et moi. L’obscurité hivernale tombe et le brouillard s’installe pour une partie de la nuit.

Quatre-vingt-cinq kilomètres nous séparent du lieu de l’évènement de ce soir tant attendu depuis quelques mois. Un concert belgo-belge d’un personnage mythique de notre plat pays. Notre Gainsbar à nous, Arnold Charles Ernest Hintjens alias ARNO. Fort de cinq décennies d’une carrière haute en couleurs nationales, l’Ostendais, européen convaincu, pose ses valises trois jours à l’Ancienne Belgique, Boulevard Anspach au coeur piétonnier de Bruxelles, la belle…

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Le parking « Munt » (Monnaie) nous accueille contre partie financière à trois minutes de marche de l’AB. Le bâtiment majestueux de la « Bourse » nous salue de ses hautes colonnes en pierre.

Check-in, fouille sommaire, scanning ticket, nous voici dans l’antre musicale rénovée en 1993, à deux pas de la plus belle grand-place du monde (enfin c’est ce qu’on dit, mais c’est vrai qu’elle est très belle…)

La moyenne d’âge de nos compagnons de fortune reflète les septante (soixante-dix pour nos amis français) balais du papy belge, le Boss…

Personne ne se presse, il est dix-neuf heures quinze. Paul Couter assure la première partie dans trente minutes. Couter, gantois mais né à Zeebrugge, est un vieux pote d’Arno. Jadis, Arno a alors vingt-et-un ans, ils formèrent un groupe, le Tjens Couter, mais Couter n’appréciait plus les « nouveaux sons » et fit carrière solo quelques années plus tard.

Contre toute attente, nous sommes à trois mètres de la scène. La salle est conviviale, intimiste. D’une capacité maximum de deux mille places, elle évoque la période néo-industrielle, surtout par son plafond tapissé de bouches d’aération illuminées en un rouge sombre mais chatoyant et feutré.

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Couter trône sur une chaise en bois, au devant de la scène, guitare électrique en mains, coiffé d’un chapeau bleu foncé en cuir. La tête inclinée sur ses mains pinçant les cordes de son instrument, il tente de dissimuler son visage creusé. Sa voix de contrebasse est impressionnante. Il émet des notes d’un grave profond et rocailleux. Le son de sa guitare blues déchire l’air ambiant et surchauffé.

« Hoe laat is het?« , adresse-t-il au public entre deux morceaux. Une voix féminine lui crie « twee en twintig uur past acht! » (20h08). Il la fait répéter puis enchaîne deux morceaux de clôture pour son « set ».

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Quinze minutes plus tard, vingt-heures trente. Le public a lâché le zinc de l’entrée et s’est amassé dans la salle qui est comble à présent. Le timing est parfaitement respecté, preuve de respect pour son public.

Le Cromagnon de la chanson belge se pointe, d’un costume noir vêtu. Ses cheveux blanc argenté hirsutes reflètent les lumières de la scène. Il empoigne son micro accroché sur son pied.

Il est si proche de nous qu’on pourrait presque sentir « l’odeur de dessous de ses bras… »

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Sa bouche se déforme systématiquement entre deux phrases de texte. Les mots éraillés s’arrachent du fond de sa gorge… Le Boss exulte et transpire la Belgitude bien grasse et touchante à la fois. Le public averti et fidèle ne s’y trompe pas. C’est du Arno dans toute sa splendeur…

Entre deux chansons, il gratifie ses fans d’anecdotes cuisantes et triviales issues de son histoire personnelle. Un régal sans peu ou prou d’artifices…

Nous sommes à l’étroit mais nos âmes sont en expansion. Un égrégore musical et spirituel occupe tout l’espace de la salle séculaire et réputée dans toute l’Europe. Une Europe qu’affectionne Arno. Le public s’enflamme avec lui en reprenant en choeur « Putain putain » (1983, TC Matic), et scandant « Nous sommes tous des européens! »

Haaa! Que ça fait du bien! Quelle pêche il a encore, ce mec!!

Le batteur, le bassiste et le guitariste quittent la scène, il est vingt-deux heures quinze. Seul le claviériste demeure. Les lumières s’estompent. Seul devant la scène, sous un rai de lumière évoquant une descente d’ange, il me prend les tripes, comme à chaque fois, avec « Dans les yeux de ma mère » que mon ami « Dodo » chante à merveille (il se reconnaîtra, spéciale dédicace à toi, mon pote…)

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C’est alors l’embrasement général avec « Les filles du bord de mer« ! Tous les spectateurs lèvent les bras et entonnent les premières vocalises… Le « King » a l’air surpris, il se tourne vers le bassiste à sa droite, semble hésiter… Il affiche un mince sourire, ce qui veut en dire beaucoup…

C’est le point d’orgue de la soirée, le bouquet final. Les fans crient d’une seule voix. Arno ne se fait pas prier. Une dernière pour la route avant de recevoir une ovation et une paire de chaussettes blanches dont il dira qu’elles sont « encore vierges »…

Une banderole géante tombe du plafond devant les gradins du fond:

« Merci godverdomme »

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Merci pour ce moment, cette parenthèse, Monsieur Arnold Charles Ernest Hintjens !!

Vincent Poitier,

25 janvier 2020

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