036 – Chronique/interview: Alexandre MELIN (Faimes), une amitié de 35 ans devenue fraternité et issue des radios libres en 1985.

Juin 1985, Huy, Porte des Aveugles, dans le cadre du « Week-end en folie » (braderie annuelle), j’accompagne ma maman (Yvette SOHY) qui souhaite saluer un de ses amis (Jean-Marie MELIN) dont le fils Alexandre anime une émission de radio locale depuis un studio mobile (en réalité, une petite caravane munie d’une antenne relais).

J’ai douze ans, Alexandre aussi. Nous ne nous sommes jamais rencontrés jusqu’à ce jour-là. Jean-Marie « coache » le duo qu’il compose avec son fils, assurant le soutien technique.

On m’installe sur une banquette face à Alexandre et nous faisons connaissance dans le fameux studio mobile (la petite caravane). Régulièrement le silence est requis lors des interventions d’Alex au micro, entre deux titres musicaux. Je suis un peu impressionné par son aisance et sa très bonne diction. C’est la première fois que j’assiste à une émission de radio en « live »…

Jean-Marie m’invite à monter au studio sis chaussée de Waremme dès le samedi suivant et à assister à toute une émission en leur compagnie. Je suis emballé, le courant passe bien entre Alex et moi, j’accepte avec curiosité et enthousiasme…

Huit jours plus tard, je découvre le studio, à peine plus grand que la caravane, établi dans un garage aménagé très correctement pour l’occasion et surmonté d’une grande antenne connectée à un émetteur FM. Je m’installe aux côtés d’Alexandre. Soudain, le téléphone retentit… Jean-marie me propose de décrocher et de répondre, ce que je fais maladroitement mais avec la plus grande assurance dont je puisse faire preuve: « Allô! Radio Mehaigne, bonjour! »

Je venais de « mettre les pieds » dans une folle aventure radiophonique qui durera quatre ans mais surtout, je venais de vivre les prémices d’une fidèle et indéfectible amitié avec celui que j’appelle mon frérot, Alexandre MELIN.

Les radios libres, parfois appelées « radios pirates », sont apparues légalement à la fin des années 1970 sur la bande FM et mirent fin à un monopole d’Etat dans le domaine de la radiodiffusion. Dès 1984, la bande FM bénéficia d’une extension réservée aux radios locales dont « Radio Mehaigne » où Jean-Marie et Alexandre MELIN débutèrent, un an et demi avant notre rencontre, la diffusion d’une tranche horaire chaque samedi soir. L’émission baptisée « Bubble-Gum » était née. Nouveautés musicales, infos locales, divertissements, jeux sur antenne récompensés par quelques menus cadeaux collectés chez des commerçants régionaux. Tel fut le caractère tous publics de cette jeune émission réalisée en autonomie avec le soutien culturel et critique de Marie-Jeanne, la maman d’Alex, laquelle élaborait les questions dévouées aux divers concours proposés hebdomadairement sur antenne…

Alexandre et son père m’inclurent quasi instantanément à leur équipe et je fis mes premières interventions au micro, participant dès lors à ce qui devint un duo radiophonique avec Alex, ce dont nous nous enorgueillîmes à l’époque…

Nous recevions jusqu’à cent-cinquante appels téléphoniques par émission, durant les trois heures d’antenne et bénéficiions de sponsors réguliers ce qui alimentait les nombreux concours rendant cette émission très interactive…

Jusqu’au jour où, la station fut rachetée par « Radio Contact » (en 1989 si j’ai bonne mémoire) qui affichait un format plus professionnel et plus cadré. Nous fûmes naturellement évincés… Le rêve était sans doute trop beau, nous étions encore mineurs, et tout le toutim… Quoi qu’il en soit, ces années furent merveilleuses et Alex et moi-même ne nous perdîment jamais de vue jusqu’à aujourd’hui…

Nous sommes pères de familles de 47 ans, grisonnants, mais les sourires et le lien sont toujours bien là…

Alex a prolongé le rêve durant les trois décennies qui suivirent… « DJ Alex », dit-on! Il en aura animé des centaines de soirées et des podiums « Nostalgie »…

Adolescents, on a grandi ensemble, on a bourlingué sur nos « mopettes » de « compette », on a pris des pelles, des râteaux, des fous rires…

Adultes, nous avons partagé la grosse majorité des évènements de la vie et nous continuons à le faire… Oh, bien sûr, on a pas toujours été d’accord sur tout, mais c’est cela aussi, l’amitié sincère… Elle n’est jamais remise en question, car Alexandre, c’est un gars, quand il est là, à vos côtés, vous vous sentez bien, et quant à moi, je ne cherche plus à savoir pourquoi c’est ainsi, puisque c’est ainsi…

Il m’a même permis de m’envoyer en l’air, à Spa (cf chronique n°1: Chute libre), pour mes 40 ans, en 2013.

Alex, tu fais partie de ma réalité, de ma vie, et même si parfois elle est injuste, toi, tu es toujours là… Pour cela, je te remercie, frérot…

Moi aussi, je serai toujours là, c’est un serment que je te fais…

Alors, Alex, prends soin de toi, un peu de moi aussi, et de la vie…

(et à demain pour la petite bouffe à la maison…)

Vincent Poitier,

31 aout 2020

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