012 – Chronique d’un trompettiste – Claude POITIER – « La passion du Jazz » (papa)

Claude POITIER, né le 17 avril 1950 et décédé à Huy le 21 février 2018.

Né à Liège (Saint-Léonard), ayant vécu son enfance à Haillot, Claude (papa) a vécu la plus grande partie de sa vie à Huy.

Adolescent, il faisait déjà partie de la fanfare de Haillot, en qualité de trompettiste.

Discret sur sa vie personnelle, pudique, réservé, peu loquace en somme, mon père m’a peu parlé de sa vie… Il m’en a livré quelques bribes, au fil des ans, mais pas de quoi percer le mystère, un si grand mystère… Son mystère… Il préférait masquer cette pudeur derrière un humour clairement assumé…

Depuis l’enfance, je l’ai toujours vu écouter du Jazz et par ce biais, il m’a involontairement initié à ce style de musique hétéroclite.

Solitaire invétéré, frustré de ses rêves de grandeur, Claude POITIER a été un père présent et absent à la fois… Nous nous sommes « rencontrés » plus intimement dès que j’eus atteint l’âge adulte. Serinant infatigablement les sempiternelles mêmes anecdotes familiales, il a commencé à se livrer à moi durant les dix dernières années de sa vie…

Indépendant en travaux de peintures et décorations en bâtiment, ensuite ouvrier dans ce même domaine, il a toujours excellé dans son art, mais a travaillé de manière alimentaire durant quarante années…

Il s’évadait en musique, à travers le Jazz de Sydney BECHET, Louis ARMSTRONG, Miles DAVIS, Rhoda SCOTT, Duke ELLINGTON, John COLTRANE, Charlie PARKER, Ray CHARLES, et bien d’autres… Il fréquentait souvent le « Discobus », de passage à Huy régulièrement, y empruntant les disques vinyles de ses héros du Jazz.

Le casque audio vissé sur les oreilles, une bière en coin, il écoutait sans fin… Saisissant son instrument pour tenter de « rejoindre » ses mentors, il s’isolait ainsi…

J’avais 17 ans, il m’emmena dans le « Carré » de Liège, à la « Note », où la scène appartenait aux amateurs, le jeudi soir… On était comme deux ados… Il m’a fait connaître « Le Lion sans voile », toujours à Liège, où je garde un souvenir ancré d’un groupe de Jazz latino en tournée mondiale. Lors de ce concert, une trompette classique et un bugle se livrèrent à des joutes musicales endiablées, comblant la centaine de spectateurs dont nous faisions partie.

Une date charnière que Claude n’aurait évitée sous aucun prétexte était fin juillet: « Ça Jazz à Huy ». L’incontournable Steve HOUBEN, trompettiste (entre autre), et son band, était régulièrement de la partie. Le regretté Fernand LAUNOY (régional de l’étape!) a marqué de son art, le « Scat »(style vocal propre au Jazz), cette festivité annuelle.

Le « Buster and the Swing » a fait vibrer les amateurs avertis (nouveau clin d’oeil à Jean-Pierre Dejasse) à l’ancien Comptoir des boissons (rue Wilmotte Dupont), avec le regretté Bob DARTSCH (drums).

Membre de l’orchestre « Marvy Music » de Marchin (ancienne fanfare Royale) durant une vingtaine d’années au moins, Claude POITIER sillonna avec ses pairs la Wallonie, le nord de la France, sur des airs de Glenn MILLER et consorts…

Accompagnant des Denis PIETTE, Dany et André PAQUET, Robert OTH (Greg et Nadia), Louis BOURGUIGNON, Marc COURTOIS, Roger et André WARZEE, et tout le toutim (pardon pour tous les autres que je ne saurais citer…), Claude vivait sa passion, ses passions… Celle de la musique, mais aussi celles du partage et de l’amitié… Il aimait la vie tel « Epicure » qui lui faisait oublier un temps les railleries et emmerdements de la vie matérielle quotidienne…

Parmi les innombrables anecdotes narrées par Claude (papa), il y eut cette chute du podium (avec son trombone) du pauvre André WARZEE (cf photo ci-dessus, à droite en rouge, aux côté de son épouse Monique). Se rasseyant sur son tabouret, André plongea en arrière dans les rideaux de scène, avec plus de peur que de mal, fort heureusement…

Jamais à cours de bons mots, Claude infligeait au « tout venant » des énigmes et rébus dont il était fier d’en connaître les solutions…

J’ai partagé avec mon père (Claude) quelques années de musique, muni de mon saxophone Baryton et lui de sa trompette, en intégrant le « Condruzian Variety Band » (Bois et Borsu – Condroz) dirigé par mon mentor, Denis PIETTE. Ce fut un bonheur musical agrémentant un lien père-fils qui n’avait pas vraiment été construit étroitement jusqu’alors… Mais nous nous sommes rattrapés, jusqu’au dernier jour de sa vie…

Il fut un de mes premiers fan d’écrivain, et j’en suis toujours fier… Je lui parlais tant de mes montagnes de Vaujany (Hautes Alpes Françaises) que je l’y ai emmené quelques jours, en 2014… Un pur bonheur où là, je l’ai réellement rencontré, rien que pour moi, égoïstement…

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Il me demandait souvent: « Pourquoi est-on là? A quoi ça rime, tout ça? », ce à quoi je lui répondais que le « pourquoi » importait peu, pour autant qu’on sache quoi en faire, de cette vie… »  J’avoue ne pas avoir vraiment trouvé de réponse à cette question mais j’y travaille chaque jour…

Il rêvait d’une « Aston Martin« , alors je lui en ai offert une (un modèle réduit)… Il a ri…

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On a souvent refait le monde, un verre à la main, à la terrasse du « Chez Nous » (Huy) ou chez Claudy, sur la Grand-Place, ou à Vaujany, ou ailleursEt puis, un jour vers midi, il s’est éteint prématurément et publiquement, assis sur une chaise, sans même choir… Comme on soufflerait sur une bougie, sans un bruit…

Lui qui me disait se « décorporer » parfois, maintenant, je veux bien le croire…

Je repense souvent à ces moments partagés, à ces considérations pseudo-philosophiques, sur le ton de l’amertume ou de la légèreté… Je dois dire que maintenant, je crois comprendre ce qu’il voulait dire… Il voulait vivre, mais il était si fatigué…

Je n’ai conservé quasi aucun souvenir matériel de lui, à l’exception de l’embout de sa trompette… Car cela, c’était sa joie, c’était lui…

A présent, il est en permanence à mes côtés…

Merci Claude, merci papa,

Merci l’artiste,

Vincent Poitier,

14 mars 2020

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