Il était une ferme, dans un village, qui se lamentait tant et si bien que son âme se dissolvait.
- Les carottes se rongeaient les sangs et n’avaient plus de fanes,
- Les choux frisés n’allaient plus chez le coiffeur,
- Les oranges, pressées, tombaient dans les pommes, arguant que c’était toujours pour leur poire d’être dans le jus,
- Les poulets collaient des prunes de manière obsessionnelle, au point que le chef coq les mit à l’amende,
- La poste, en grève, ne distribuait plus les brocolis,
- Le cerf, vidé, fut coupé dans son élan par un chasseur qui lui affichait un certain dédain,
- La taupe, elle-même, était au fond du trou car elle avait perdu ses précieuses lunettes,
- La grue, quant à elle, avait cessé tous les travaux au bled,
- Le paon, vieillissant et aigri, vociférait que la roue tournait,
- Le hibou « postulula » à l’administration du cadastre, dépité par la qualité de l’enseignement,
- Les linottes perdaient la tête,
- Le cochon errait dans le port, où toutes étaient des truies,
- La cane boitait, s’appuyant sur sa béquille,
- Le dindon gloussait ironiquement,
- Les rats dilapidaient leurs économies,
- Le corbeau ne parlait plus au renard qui en faisait tout un fromage,
- L’âne, frileux, avait chaussé deux paires de bâts,
- Le cheval tournait l’étalon à la moindre invective, réduit au régime sans selle,
- Les rumeurs faisaient tout un foin de l’ambiance délétère à la ferme, et plus personne ne cherchait l’aiguille dans la meule,
- Le fermier organisa une soirée de clôture lorsqu’il termina les travaux de lapalissades,
- Le bûcheron, qui avait le moral en dents de scie et avait volé le tronc à l’autel de l’église, but plus que de raison avec le menuisier qui finit entre six planches,
- La vache, se questionnant sur son identité sexuelle, allait de mâles en pis,
- Les matches de poules furent annulés et les chèvres chevrotèrent devant le silence des agneaux,
- Les oies pétèrent une case et passèrent leur tour,
- Bref, c’était le Burn-Out généralisé…
Il fallait réagir sans délai… Rompre la morosité avec des mots roses…
Même la bécasse en avait conscience. Travailler que pour du blé n’avait plus de sens. Tous souhaitaient ignorer la girouette et retrouver l’unisson.
Le maire du village, un vieux héron cendré, fit un cygne à la basse-cour, aux ovins et aux bovins, ainsi qu’aux mustélidés, les réunissant solennellement dans la grange.
Il invita quiconque le souhaitait à monter au fenil et mettre en mots ses frustrations, désirs, espoirs ou désespoirs, et à les déclamer au su de tous, chacun disposant de trois minutes, dépourvu de tout accessoire…
La scène ouverte improvisée se déroula jusque tard dans la soirée, et chacun put ainsi séparer le bon grain de l’ivraie, se délestant et partageant l’inavouable publiquement, mais avec poésie…
Lorsqu’ils eurent écumé leur panier à salades, leur coeur, plus léger, se remit à battre d’un rythme cadencé et paisible.
Même les poules eurent des dents pour sourire!
Moralité: Nul besoin d’être le cul dans le beurre, ni d’avoir l’argent du beurre, pour rendre le sourire à la crémière…
Vincent Poitier, alias « le pensiologue. »
21 février 2026.
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