
La scène et moi, j’crois bien qu’on s’aime.
Du reste, on fait des tas de textes.
La scène et moi, j’crois bien qu’on s’aime.
On sème des graines sans complexe.
La scène et moi, j’crois bien qu’on s’aime.
J’y viendrais même sur un Solex.
La scène et moi, j’crois bien qu’on s’aime.
Même si elle m’offre pas une Rolex.
La scène, elle m’accueille seul en scène.
Même si j’y monte avec mes peines.
La scène, elle m’accueille seul en scène.
D’la Meuse on ira p’t’être jusqu’à la Seine.
La scène elle m’accueille seul en scène.
J’lui écris pleins de p’tits poèmes.
La scène, c’est une pote de bohème.
Elle ne juge pas tous mes œdèmes.
La scène, c’est une pote de bohème.
Elle ne te passe pas de la crème.
La scène, c’est une mariée qui lâche sa traîne.
Elle t’impose parfois le carême.
La scène est triste quand tu es blême.
Ses planches elles craquent quand t’as le trac, mais surtout si tu blasphèmes.
La scène te f’ras jamais une scène, si tu la foules sans être obscène.
Mais s’il arrive que tu la bâcles,
Que tu te donnes trop en spectacle,
Que t’arrives plus à être sincère,
Que dans la coulisse tu te perds,
La scène te renverras à toi,
Tu r’tourneras crier dans les bois.
La scène est comme une grand-mère,
Elle apaise les peurs, les colères.
Elle est un peu dépositaire,
D’histoires de gens qui vivent sur Terre,
D’histoires de gens qui parfois errent,
Jusqu’au micro qui porte bien haut,
Les joies, les peines, en quelques mots, les prophéties de La Boétie.
Elle purge des trucs qui parfois urgent, jugule des rages dans le partage.
T’as pas de prime quand tu t’exprimes, tu prends ton bic pour le public.
Tu fais la nique au sens civique, pas citoyen mais juste humain…
La scène et moi, j’crois bien qu’on s’aime,
C’ pour ça qu’j’lui ai écrit ce p’tit poème.
Vincent Poitier, alias « le pensiologue. »
01 mars 2026.
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