270 – Billet slam au chrono: « 3 minutes. »

3 minutes, c’est le temps dont dispose un slameur sur une scène ouverte.

C’est court… Ça peut être long aussi, 3 minutes…

Si t’as un trou de mémoire, une émotion forte…

3 minutes, c’est infime pour un condamné à mort, si ce sont les dernières.

Une vie entière peut défiler, en 3 minutes.

C’est court quand on fait l’amour…

Mais celles du premier baiser sont mémorables.

3 minutes peuvent voir dégénérer une flamme en brasier incontrôlable.

3 minutes, ça peut être le temps d’un rêve paraissant plusieurs heures…

3 minutes sont une éternité sous les bombes ou la torture…

C’est aussi un peu moins de la moitié de la distance Terre-Lune à la vitesse de la lumière.

3 minutes, c’est long quand on a envie de pisser et que les wawas sont occupés.

3 minutes, c’est plus qu’il n’en faut pour gagner ou perdre une lutte…

Ou à un concert si tu ne sais pas jouer de la flûte.

C’est le temps d’un slow, d’un tour de manège, de ton morceau de musique préféré.

3 minutes, c’est bien trop court pour mastiquer une Babelutte.

C’est très long en apnée, 3 minutes.

C’est le temps d’une petite infraction: « J’en avais juste pour 3 minutes! »

C’est le temps d’un round de boxe, mais c’est trop peu pour raccorder ta Box.

Il y en a tout de même 20 fois dans une heure, des « 3 minutes. »

Et puis il y a des mots qu’on regrette facilement, en 3 minutes…

Des mots qu’il faut des semaines voire des mois pour faire oublier la dispute.

Mais on peut aussi pardonner et se réconcilier, en 3 minutes…

Et le matin! Les 3 premières minutes, on est un peu hirsute…

En cartographie, 3 minutes, c’est 5556 mètres de latitude.

Alors qu’on marche environ 200 mètres, en 3 minutes.

3 minutes, c’est aussi le temps d’une habitude.

C’est le temps d’une pause clope, le temps de fuite d’une antilope…

On peut être engagé ou licencié, en 3 minutes.

On peut même passer de vivant à suicidé, en 3 minutes.

C’est vraiment dingue, tout ce qu’on peut faire en 3 minutes…

Je viens de vous accaparer, pendant 3 minutes…

Merci, ainsi, de votre attention et de votre temps.

On ne sait jamais de combien on en dispose encore…

Je sais comme c’est précieux, 3 minutes.

Tout dépend comment on les met à profit.

(Plongeant une main dans une poche puis tendant et ouvrant le poing vers le public)

Tenez, en voilà une poignée, de minutes, c’est cadeau…

Vous en ferez ce que vous voudrez. Vous pourrez même les offrir à quelqu’un, qui a du temps mais à qui on en accorde pas assez…

Je dois vous laisser. J’en avais juste pour trois minutes…

Vincent Poitier, alias « le pensiologue. »

08 avril 2026.

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