





Aucun propos acerbe dans cette chronique, soyez rassurés! Pour notre retour, ne me demandez pas: « Vincent, on fait un bal quand? » – « Tu as prévu de la macédoine? » (Bon, les jeux de mots pourris, c’est fait…)
A 1800 km du coeur de notre Belgique (deux heures d’avion), sur la superbe mer Adriatique, nous avons posé nos valises à moins de 40 km à l’Ouest de Dubrovnik, à Slano, dans la plus belle baie de Croatie, aux portes du Montenegro (à l’extrême Sud-Est) et de la Bosnie-Herzégovine (au Nord).
La république de Croatie est membre de l’UE depuis 2013 et de la zone euro et l’espace Shengen depuis seulement 2023.
La triste guerre des Balkans, de 1991 à 1995 éclata la grande Yougoslavie en six républiques indépendantes, et les traces de cette période sont encore bien visibles en de très nombreux endroits de ces différents pays qui firent sécession (le terme Yougoslave signifie littéralement les « slaves du sud »).
Mas il n’est pas question ici de donner une information géopolitique. Cependant, il est utile voire nécessaire de bien comprendre l’histoire de cette « région » du monde qui connaît encore aujourd’hui certaines tensions persistantes que je ne souhaite pas évoquer par respect et modération délibérée.
Avec Laurence, nous découvrons la vieille ville de Dubrovnik, elle aussi objet de bombardements en 1991 et restaurée intégralement depuis. Le bateau qui nous y emmène voguera deux heures durant au large de la côte continentale Croate, entre les nombreuses îles émergeant tous azimuts, ravissant nos mirettes.



Le port de la vieille ville est très petit, accueillant les nombreuses navettes de touristes. Les rues et « avenues » paraissant être carrelées sont arpentées par de très nombreux visiteurs. Bien que nous ayons conscience de participer à une industrie touristique et économique, nous ne boudons pas notre plaisir tant les fortifications et l’architecture médiévales (anciennement Ragusa) sont éblouissantes. Les ruelles perpendiculaires à l’artère principale offrent ombre et rafraîchissement. Des photos des bombardements monténégrins de 1991 sont exposées publiquement afin de rappeler l’histoire récente (30 ans).



Notre seconde excursion nous conduira (en autocar et ensuite en bateau) dans la baie de Kotor, au Montenegro (650.000 habitants). Quittant l’UE (et donc l’espace Shengen), des contrôles stricts de frontières sont d’application, ce qui fait perdre du temps à chaque passage (entre 15 min si on a de la chance et parfois deux heures). Kotor (d’influence vénitienne du XVè au XVIIIè siècle) est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et est ceinte d’anciennes murailles de défense qui courent jusque dans la montagne. Son classement est intervenu à la suite d’un tremblement de terre majeur en 1979. Une cathédrale trône, jouxtant l’ancien quartier militaire. Nous sillonnons les petites rues magnifiquement pavées et ce, en moins de deux heures, contraints de rejoindre notre bateau qui nous attend.
Une courte escale sur l’îlet artificiel (2000 mètres carrés) de Notre-Dame du Rocher (XVè siècle) nous est quasiment imposée. Soit, nous débarquons sur ce qui fut à l’origine un rocher de quelques mètres carrés prolongé d’une esplanade construite sur d’anciennes épaves de navires et bateaux transportant des rochers. Plusieurs légendes sont contées au sujet de cette réalisation.
La baie de Kotor serait réputée devenir le futur Monaco local, fruit d’investissements colossaux de la part de milliardaires attirant les yachts les plus impressionnants qu’il nous ait été donné de voir et étant exonérés de taxes sur le gasoil… De nombreuses célébrités mondiales sont venues dans cette région.




Nous sommes littéralement rompus à l’issue de cette journée qui débuta à 06 am et s’acheva aux abords de 07 pm à l’hôtel. L’apéro s’impose à nous au Lounge Bar. Ouf… (on a plus tout à fait vingt ans).
Le surlendemain, ayant profité du farniente en bord de plage, un bon livre à la main (et parfois une bière aussi), nous remettons le couvert en direction de Mostar, en Bosnie-Herzégovine, au Nord de notre position. La Bosnie-Herzégovine est peuplée de trois millions et demi d’habitants issus de l’unification de deux anciens pays, la Bosnie et l’Herzégovine, du terme allemand « Herzog » (le Duc). Je vous laisse vous documenter par vous-mêmes si le coeur vous en dit, l’histoire étant trop riche et complexe pour la résumer ici en quelques phrases.
Passages de frontières, à nouveau contraignants. Trois heures d’autocar (climatisé) nous mènent à l’unique littoral de Bosnie-Herzégovine (à peine quelques kilomètres) et enfin Mostar, après avoir parcouru des paysages montagneux et désertiques. La plaine où « siège » Mostar bénéficie d’un micro-climat où il n’est pas rare en plein été de cuire sous plus de 45°. Pour l’heure, nous ne dépasserons pas les 41°… (ressentis)
L’attraction locale est le vieux pont datant du XIVè siècle et séparant jadis l’Asie de l’Europe. Les premières traces de l’Homme à Mostar remonteraient à la préhistoire. D’influence romaine, ottomane, austro-hongroise et enfin yougoslave, les religions catholique, orthodoxe, islamique et judaïque y cohabitent, nous dit-on. Le vieux pont, détruit durant la guerre du début des années 90′, fut reconstruit à l’identique en 2009. Le tourisme à pris le dessus sur le caractère historique qui semble n’être qu’un prétexte, ce qui est triste, finalement. Mais soit, nous visitons…



Encore une fois, les traces de la guerre des années 90′ sont bien présentes, matériellement. Des cimetières regorgeant de sépultures de 1993 et 1994, des traces de nombreux impacts de balles sur des immeubles, des traces d’obus également (quatre années de bombardements), un muséum… Bref, n’entrons pas dans les détails d’un contexte encore sensible… Je trouve cela émouvant. Lorsque je fus militaire belge en Allemagne (FBA – Forces belges en Allemagne) en 1992-93-94, j’ai vu partir les premiers contingents de « Bel-Bat 1 à 5 » (Belgique Bataillons). J’ai suivi l’entraînement pour « Bel-Bat 5 » durant des mois mais fus démobilisé pour fin de contrat (mars 1994) avant la date de retour de la mission ce qui me valut de ne pas partir, me permettant d’assister à la naissance de Chloé, ma fille.



Nous sirotons un demi litre de bière à l’ombre d’une ruelle, en compagnie de « Gispy », une charmante touriste anglaise, avec qui nous échangeons nos impressions communes. Timing oblige, nous regagnons le bus à 03 pm, pour le retour d’une visite qui, sans cette organisation, aurait été trop complexe pour nous (et oui, quand on fait des visites organisées, on est peut-être déjà un peu vieux…)
Sur le retour, nous enjambons (en bus) un pont haubané de 2600 mètres de longueur enjambant la mer entre deux parties de Croatie « coupée » par le territoire de Bosnie-Herzégovine, particularité topographique et géopolitique locale, une fois de plus. Des fonds européens ont permis cette réalisation de génie civil datant de deux années, de même que des routes et tunnels impressionnants limitant le nombre des passages de frontières fastidieux.


Durant cette dizaine de jours, nous aurons également assisté en direct à la défaite belge controversée face aux slovaques au premier tour de l’Euro 2024, nous aurons vu la piscine vide de l’hôtel durant deux journées (bizarre…), essayé les pédalos sur la baie, les VTT jusqu’à Slano, j’aurai lu trois bons bouquins, appris le suicide d’un camarade de très longue date, fait connaissance avec tous les barmans (ben oui, et alors…), appris quelques phrases de la langue locale, admiré la Lune ambre, le ciel de la nuit croate tapissé d’éclairs de chaleur, le tout avec la femme que je regarde toujours comme au premier jour…
Rencontrer des humains, voyager (pour ceux qui le peuvent), sont des éléments essentiels de la vie, en tout cas, de la mienne…


Vincent Poitier, alias « le pensiologue »
Dimanche 23 juin 2024.
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