244 – Chronique rando: « Lac d’Eupen – barrage de la Vesdre» (Hertogenvald, Eifel, province de Liège)

Passée la période caniculaire de juillet 2025, une semaine après avoir arpenté les berges du lac de Robertville (chronique n°243, Haus Ternell, 14 mai 2021), celles du lac d’Eupen (région germanophone) nous titillent les bottines.

Le 23 juillet 2025, nous voici dans l’Hertogenvald, forêt ducale de 12.300 hectares au coeur de l’Eifel, en hautes fagnes.

J’ai découvert cette balade sur la page facebook « Balades wallonnes » qui augure une boucle de 5,4km au départ du parking du Langesthal. Bien entendu, cela aurait été trop simple si nous n’avions pas stationné la voiture à l’autre bout de Langesthal sur l’aire de parking où nous constatons la présence d’un panneau de présentation des randonnées et de leurs fameux « points noeuds ». Tout ressemble à ce qui est évoqué sur le net, sauf que nous nous trouvons à 2,8km du lac où un vaste parking est mis à disposition au pied de la tour panoramique jouxtant le barrage…

Soit, en route, nous sommes là pour marcher. Nous arpentons le bitume en direction du lac, accédant au complexe de la Vesdre, traitant pas moins de 90.000 m3/jour d’eau potable à destination de Eupen, Verviers, le pays de Herve et une partie de la périphérie liégeoise et produisant également 5 millions de kwh/an.

Les rives de la Vesdre sont accidentées en aval du barrage, preuve que le débit peut varier considérablement en fonction de la régulation des eaux. Nous sommes quatre ans, quasiment jour pour jour, après le déluge de juillet 2021 qui connut un lourd bilan humain et matériel…

Nous parvenons aux pieds du géant de béton de 63 mètres de hauteur et dont la crête s’étire sur 410 mètres de longueur, retenant un volume d’eau de 25 millions de M3 s’étendant sur 136 hectares.

Cet ouvrage d’ingénierie civile impressionnant est séculaire. Construit sur base de plans en papier entre 1936 à 1951 avec une interruption de quatre années pendant le second conflit mondial, l’aïeul inerte nous toise majestueusement.

Nous gravissons un sentier caillouteux escarpé jusqu’à « l’encolure » du mastodonte, non sans peine… Laurence squattera le banc à mi-parcours quelques instants afin de reprendre son souffle.

Là haut, la vue est splendide! Le soleil brille, le silence règne, le Lac nous accueille chaleureusement, au point de nous inviter à le contempler depuis un banc confortable et propre sur les pelouses des maisons du SPW, gestionnaire du site. Nous déballons gourdes et boîtes à tartines, nous ravissant du spectacle…

Je ressens intérieurement que je ne vis que pour ces moments suspendus dans le temps, au coeur d’une nature revigorante, aux côtés de la femme que j’aime depuis plus de vingt ans. Il me semble que mes batteries biochimiques se rechargent en un temps record…

Je repense à notre voyage en Corse, quelques semaines plus tôt (chronique n°233, mai 2025), ainsi qu’à tous ceux qui précédèrent… Quelle chance nous avons, loin des tumultes, au coeur de l’essentiel, la conscience d’être…

L’estomac repu, nous « traversons » le barrage de la Vesdre, le vide sur notre gauche, les millions de M3 d’eau sur notre droite, nos visages caressés par un vent léger. Une zone exondée au niveau des énormes vannes attire mon attention (photo centrale ci-dessus). J’imagine cette zone débordée en juillet 2021, lors de crues dantesques sous plus de 150mm de précipitations s’ajoutant à une saison déjà très humide.

Le niveau actuel du lac paraît assez bas mais 2025 revêt un tout autre profil…

Nous entamons la boucle de 5,4km escomptée, au départ du « point noeud n°66 » et longeons les berges du lac. Nous ne résistons pas à l’envie de contempler à nouveau le site depuis un autre banc en bois, cette fois, posé en surplomb des eaux qualifiées potables émanant des divers ruissellements au travers de la Fagne…

Nous croisons promeneurs et cyclistes et commençons à sentir les premières complaintes de nos mollets dans la montée à travers la forêt. Nous terminons sur le parking du Langesthal, au pied de la tour panoramique qui est interdite au public, probablement à cause de sa vétusté.

Sirotant une bière spéciale à la brasserie-restaurant dont la terrasse permet de contempler une dernière fois le lac, nous envisageons le retour vers la voiture distante de 3km. Nous aurons tout de même marché près de 13km, en fin de compte…

Qu’à cela ne tienne, la route descend, il faut bien y aller! Saluant quatre superbes canassons dans un pré en bordure de voirie, nous saluons le vivant, dont nous sommes des constituants, faut-il le rappeler…

Sur la route du retour, le ciel déverse le déluge par paquets de cent kilos, à Barchon, ensuite sur Grâce-Hollogne, alors que pas une goutte ne nous atteint sur le pont de Visé.

Ces averses apocalyptiques nous rappellent une fois encore juillet 2021, contrastant de manière antinomique avec les fortes chaleurs accablant notre pays et une partie de l’Europe quinze jours plus tôt…

Je retiens et réitère mon propos qui frise l’évidence, nous ne contrôlons rien ou si peu de choses, qu’il serait vain de se perdre en conjectures si aléatoires qu’on en oublierait que nous avons besoin de la Terre, l’inverse n’étant pas vrai…

Au moment de clôturer ce récit, un Pic vert se pose sur le talus bordant la terrasse de la maison…

Chacun fait et pense ce qu’il veut, mais pour ma part, je reste vivant pour la simple et bonne raison qu’on ne sait rien, absolument rien de ce qui peut se produire.

Et cela est fascinant…

Vincent Poitier, alias « le pensiologue. »

25 juillet 2025.

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