126 – Chronique karstique: « Le Trou Manto et St Etienne » (grottes) et la « Caverne des romains » (Huy – vallée de la Solières)

Fin des années quatre-vingts jusqu’au tout début des années nonante, alors que j’étais Pionnier à la 4ème unité BP (Baden Powell) de la Collégiale de Huy (Fédération des scouts catholiques), je terminais doucement mon parcours scout qui avait débuté en 1979, et ce furent des années absolument formidables dont je conserve aujourd’hui des amitiés et camaraderies durables.

Il est même arrivé que pour épater la galerie, nous marchions dans une grotte…

Le Trou Manto, un labyrinthe de six-cents mètres de galeries calcaires, dont l’entrée se situe dans la vallée de la Solières (Huy), perchée trente-cinq mètres au-dessus du niveau du ruisseau, à quelques centaines de mètres à pied des ruines de Beaufort et des anciennes poudreries de Lovegnée...

Etagés sur quarante-huit-mètres de profondeur depuis l’entrée béante pénétrant l’obscurité totale sur une quarantaine de mètres, trois niveaux de « couloirs » se superposent… Pour y accéder depuis le sentier de promenade, est aménagée la « Sente des spéléos », par laquelle on se hisse à l’aide d’un câble sécurisé sur le coteau escarpé et parfois glissant…

Cette « cavité » remarquable fut découverte, semble-t-il, aux alentours de l’année 1833, et par la suite fut découverte (et aménagée car très technique) la grotte « Saint-Etienne », boyau très étroit d’une trentaine de mètres de longueur permettant la jonction avec le « Trou Manto », depuis un point situé un peu plus bas et sur la droite de l’entrée principale, visibles toutes deux depuis le sentier de promenade, surtout l’hiver, période de l’année où les feuillages caduques ont pris temporairement congé…

A l’époque (j’avais entre 15 et 18 ans), avec les PI (scouts), nous avons parcouru à plusieurs reprises une bonne partie de ces 600m de galeries, équipés de salopettes et de casques. Il est même arrivé que nous croisions des spéléologues hollandais… Il fallait tout de même un brin de folie pour tenter ce genre d’expérience qui comporte quelques dangers… Je faillis tomber dans le puits de quinze mètres de profondeur, en redescendant de ce que l’on nomme « la corniche », si le sieur Jean-Louis Cuvelier (chef scout qui avait ré-instauré la troupe des PI dont je fis membre) ne m’agripât par la capuche de mon ciré… Nous étions bien encadrés, mais cela reste un « sport » extrême pour les non avertis…

Les plus téméraires dont je fus, s’aventurèrent au coeur de la colline calcaire via le trou « St Etienne », qui exigeait calme et concentration tant certains passages étaient techniques… (On était des malades quand-même…)

Depuis le début des années nonante, il est interdit de pénétrer ces boyaux calcaires dont les accès sont grillagés depuis lors, suite aux dégradations occasionnées pas de trop nombreux visiteurs… Aujourd’hui, une carte de membre et une clé sont nécessaires via l’UBS (Union Belge de Spéléologie), ce qui n’évince pas le risque d’accident, comme ce fut le cas le 22/07/2019 lorsque une femme de 32 ans se blessa et fut secourue par les pompiers de Huy et Spéléo secours…


Ce samedi ensoleillé du 12 février 2022, avec mon fils Pierre (23 ans) qui m’accompagne dans tous les mauvais coups, nous chaussons les bottines et décidons de retourner sur les traces de notre passé afin également de réaliser les quelques clichés photographiques destinés à illustrer de manière originale cette chronique qu’il me tardait d’écrire…

L’ascension de la « Sente des spéléos » me semble plus pénible que jadis, mais il faut dire que ma vieille carcasse commence à grincer un peu de partout… Pierre, lui aussi, est essoufflé, et j’avoue que cela me rassure un peu… (je ne suis donc pas tout à fait foutu!) Il faut dire que le sol est très glissant, et que précédemment, la traversée du ruisseau ne s’est pas faite à pieds tout à fait secs!


Il y a une dizaine d’années, Pierre et moi-même avions entrepris ce mini raid (pas les galeries) et avions grillés nos saucisses dans ma vieille gamelle de 1979, âge également de ma vieille gourde (cf mon billet n°58 sur ce même blog)…

Nous avions dégusté notre pitance sous la « Caverne des romains », voûte calcaire elle aussi, jouxtant le « Trou St Etienne », sur sa droite…

Cette voûte calcaire fait 6-7m de profondeur, 10m de longueur et 5-6m de hauteur… Les dimensions du massif rocheux quant à lui sont de 12X24m, en surplomb du ruisseau « La Solières » dont le niveau d’eau correspond au fond des grottes…

Ce 12/02/22, nous effectuons, avec Pierre, notre break de l’après-midi, nous hydratant et admirant le paysage et la nature du lieu qui est assez atypique dans la région…

L’accès aux lieux, depuis le sentier de promenade et via la « Sente des spéléos » fut assez laborieux, et nous sommes redescendus par le fond du bois, en pente douce, vers le lieu dit « La fosse aux loups », située aux pieds de la Sarte à Ben, hameau local…

Retour classique vers le parking de l’Elysée Beaufort, taverne locale… Je suis fourbu, le fond de l’air se rafraîchit sérieusement, il est 16h30… Nous sommes heureux de notre escapade, et Laurence m’appelle car elle commence à s’inquiéter de ne pas avoir de nos nouvelles…

Nous jetons un dernier coup d’oeil sur les anciennes poudreries de Lovegnée, vestige du passé industriel local, et je pense déjà à tout ce que je vais écrire en rentrant à la maison, tentant de vous faire partager le moment et peut-être, de vous faire découvrir un site naturel proche de Huy dont toute une clique de vieux amis et camarades que je ne citerai pas ici mais qui se reconnaîtront, ont parfois risqué leur peau avec moi ou inversement… (sourire complice)

Je ne vous raconterai pas la fois (la dernière, par ailleurs) où, dans un excès de confiance, j’ai embarqué deux copains non initiés à travers les galeries du « Trou Manto », me targuant de mon expérience infaillible, où l’un d’eux s’est retrouvé « coincé » à la jonction du « Trou St Etienne » et du « Trou Manto », au point nommé « l’accouchement »… Nos lampes défaillaient, nos coeurs palpitaient, mais une fois encore, tout s’est bien terminé et c’est fort heureux car nous étions inconscients, il faut le reconnaître, mais c’était une autre époque…

Je ne vous encouragerai pas à vous mettre en danger, par contre je vous inviterai à découvrir hors des sentiers battus, cette zone naturelle, à l’extérieur (puisque les galeries sont inaccessibles aujourd’hui), et découvrir de multiples petites galeries et trous secondaires qui creusent les roches calcaires alentours, et de faire un petit break à la « Caverne des romains »

Ci-joint, pour vous rendre compte du bijou spéléologique évoqué, une vidéo Youtube de 1992 (9 minutes) au coeur de ces grottes illustre très bien la visite!

A bientôt pour d’autres pérégrinations aventureuses!

(Et n’hésitez pas à faire part en commentaires sur ce blog ou via Facebook de vos photos, anecdotes ou découvertes sur ces grottes)

Vincent Poitier, alias « le pensiologue »

12 février 2022.

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