277 – Chronique voyage insulaire: « Corfou, Grèce. »

Sous domination vénitienne, ensuite française et enfin britannique jusqu’à son rattachement à la Grèce en 1864, l’île d’environ 600km carré s’étire d’Est en Ouest sur moins de 30km et de Nord en Sud sur 64km au maximum, soit la moitié de la Corse (cf chronique numéro 233 sur ce même blog, mai 2025).

Elle est l’île la plus septentrionale des îles ioniennes et qualifiée l’une des sinon la plus belles de Grèce.

Nous établissons notre siège touristique au « TUI Blue Atlantica Beach », à Nissaki, au Nord-Est de l’île, sous une couverture nuageuse sculptée par les reliefs montagneux et se désagrégeant sur la baie par le pont thermique occasionné par la mer et le dénivelé brutal de son rivage.

Après Rhodes (2015), Zakynthos (2012), Cos (2019) et deux fois la Crète (cf chronique numéro 180 sur ce même blog, juillet 2023), nous posons nos valises 🧳 sur l’île de Corfou, à Nissaki, sur le rivage de l’une des plus belles baies corfiotes, en vis à vis des côtes albanaises, sur la mer ionienne.

Mai est un mois pivot, la météo demeurant capricieuse. Le phénomène est de plus influencé par la topographie, avec le mont Pantokrator qui culmine derrière nous à 911 mètres.

Éreintés par une nuit trop courte (lever à 2h00), nous nous vautrons sur la plage de galets, ne résistant pas aux eaux turquoises mais glacées à cette saison de la mer ionienne. Un bain revigorant, entourés de dizaines de poissons de la taille de truites.

Le dernier Beigbeder en main (« Ibiza a bien changé »), je sèche au soleil.

Le second jour, mardi 11 mai 2026, est le 21è anniversaire de notre vie de couple avec Laurence, qui tente de se relever d’un épuisement professionnel dépassant l’entendement, depuis quelques semaines. Je m’inquiète pour elle, ses douleurs dans la poitrine, et je me ravis de la regarder se glisser dans cette semaine de farniente à une latitude proche de la botte italienne, mais sous le ciel réparateur grec.

La clientèle est majoritairement britannique. Sans doute sont-ils nostalgiques de leur ancienne colonie… Ils sont cependant très sympathiques et pas très jeunes.

L’activité hôtelière étant naturellement assez routinière, nous décidons d’emprunter le « Corfou Trail », genre de GR local qui parcourt le tour de l’île. Direction Agni, à moins de 3km au nord, via un sentier par endroit escarpé.

Les vagues se brisent sur les rochers constituant ce qu’on nomme des « Blue Caves » (cavités bleues), aux abords desquelles sillonnent des bateaux chargés de touristes.

De nombreuses villas sont en constructions, à vocation touristiques elles aussi, vecteurs d’économies comme la majorité des activités régionales.

La végétation verdoie, les oliviers pullulent, et nous accédons à un mini Saint-Tropez local nommé Agni, où chaque place se monnaie forcément. Bateaux de location sans permis, transats, brasseries…

Attention cependant au « roaming » gsm, à cause de la proximité des côtes albanaises. En « accrochant » l’antenne « alba.one », des frais importants sont imputés, nous en avons fait les frais au sens propre (mais sale aussi…)

Mercredi 13 mai, la navette gratuite de l’hôtel nous mène en 50 minutes très sinueuses à Corfou pour quelques heures de visite.

L’architecture vénitienne de la vieille ville plantée entre deux forteresses nous ravit. Les grands pavés lisses beiges et bruns nous rappellent Dubrovnik en Croatie (cf chronique numéro 207 sur ce blog, juin 2024).

Nous flânons allègrement dans les rues corfiotes étroites et bondées, à l’instar de tout point d’attrait en vacances. C’est le prix à payer…

C’est beau, mais bardé de commerces, de restaurants, de conneries, de pompes à fric, bref, de tout ce que je fuis en principe.

C’est à se demander combien de temps encore demeureront debout certains bâtiments érodés par les âges…

Un groupe de huit jeunes chanteurs autochtones de rue retient notre attention et notre écoute un moment. C’est typique, c’est frais, c’est beau…

Je termine la journée avec un bon Musso (« Seras-tu là? ») sur les genoux, à la piscine de l’hôtel. La soirée est animée au Main Bar par un groupe Jazzy, en point d’orgue.

Le ciel contraste de cumulus aux plus belles nuances belladones et azurées, augurant d’un changement de temps imminent, à la tombée de la nuit. Je contemple et m’extasie devant Dame Nature, une de mes activités de prédilection en ce bas monde…

C’est à croire que Dante passe son nez par-dessus les montagnes afin de se mirer dans les eaux salines ioniennes…

Jeudi 14 mai, après le style glauque-amer contemporain de Beigbeder et ensuite les univers parallèles de Musso, je plonge dans un Pancol (« Les hommes cruels ne courent pas les rues ») qui défrise aussi de logorrhées descriptives névrotiques, pour mon plaisir littéraire.

Un groupe de covers « rock » aux couleurs des années 80 mais pas que, émoustille les hôtes du Main Bar dès 21h00.

Nous danserons même deux slows avec ma namoureuse, ce qui est assez rare pour le souligner…

Vendredi 15 mai, dans l’après-midi, balade pédestre vers Kaminaki beach, via le « Corfou Trail. »

Un régal pour les mirettes, poumons iodés, sous un soleil radieux qui exacerbe les bleus et turquoises marins. Les vagues éclatent de leur magnificence éphémère sur les rochers et galets. Oliviers et cactus géants nous réservent une véritable haie d’honneur.

Je place mes mains sur un tronc multicentenaire, adoptant une attitude pieuse face à cette longévité qui force le respect. Les troncs de nombre d’oliviers semblent s’être tordus des souffrances ancestrales dont ils témoigneraient oralement s’ils pouvaient parler.

C’est paradisiaque, sans l’ombre d’un doute…

Dans moins de 48 heures, nous atterrirons à Bruxelles national airport (Zaventem), des souvenirs en sus de tous nos nombreux voyages précédents.

Samedi 16 mai, dernier jour sur place. Il pleut et vente dès le réveil. Mais ici, la météo capricieuse réserve bien des surprises…

Face à la baie, affalé sur un fauteuil du bar couvert de la piscine, les embruns d’une mer agitée déposent un voile humide sur les verres de mes lunettes, me contraignant à finir mon roman de Katherine Pancol dans la chambre.

Corfou semble nous dire que nous n’aurons aucun regret et ponctue sans vergogne ce beau voyage.

De toute façon, je viens de finir mon Pancol et Bambou nous attend sûrement en râlant à la maison, donc alors…

J’ai conscience que tout le monde ne peut avoir le loisir de partir en vacances, ce que je fis dès l’âge adulte avec mes premiers émoluments, mais puisque j’ai la chance de visiter un peu le monde, il faut absolument que je vous le raconte, et peut-être vous faire voyager un peu, où vous donner l’envie…

À bientôt pour d’autres chroniques,

Vincent Poitier, alias « le pensiologue. »

16 mai 2026.

Copyright, tous droits réservés.