282 – Billet Slam: « L’hère éthique. »

Dans la forêt de Négociandre, Charles attend.

Tout peut s’acheter, pour quelques celtes.

Le tanneur perçoit l’argent de peaux lisses, tandis que la caisse du mercier tangue sur le fil.

Les langues de bois sont pendues au discours peu commode de l’ébéniste, et le maraîcher fait une fleur à l’une de ses clientes fidèles.

Le soleil généreux dore la pilule de l’apothicaire dont les huiles, essentielles, acquièrent quelques potions et élixirs de jeunesse.

La cervoise coule à flots du baril de l’aubergiste, lequel s’enivre de tout son soûl des écus tombant dans son escarcelle de cuir en peau de vache.

Les écuyers tapent du sabot, exhalant une haleine de poney, haranguant les gueux à se tenir à l’écart de la place publique, afin de ne point porter ombrage aux nantis proches du marquis.

Oyez braves gens, que les hères exaspèrent, garnissez vos écuelles, offrez donc à votre belle, quelques breloques en or futiles, certes, mais autant qu’elles rutilent, elles arborent votre niveau de confort.

De nos jours c’est tout vu, seul compte le statut.

Kermesse et liesse, ne sont pas de sagesse, quand d’autres font les troncs, pour quelques graines de potiron.

Avoir faim de manger, ou manger à sa faim, faire festin ou quémander pour demain, question de lexique ou fossé pathétique…

L’ère éthique n’est pas pour demain, l’erratique justifie le dédain.

De l’embryon à la dernière onction, nous sommes tous des humains.

Les modèles économiques sont bien tous des légendes, profitant bien souvent à ceux qui les engendrent.

Après toute cette étude, heurtant les certitudes, il demeure un adage qui traverse les âges: « Tu bouffes, tu bouffes pas, tu crèves quand-même… »

Vincent Poitier, alias « le pensiologue. »

19 juin 2026.

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