028 – Chronique/interview d’un dessinateur de presse issu de chez nous: Jacques SONDRON (région Huy) – « Dessins impertinents »

J’ai connu Jacques alors que je devais avoir 17 ans (1990), par copains communs et/ou interposés. Je me rappelle d’ailleurs d’une virée à la salle de « Seny » (Ouffet), quittant la terrasse de chez « Michou » (Huy), occasion où j’étais monté dans sa « Mitsubishi Colt » avec lui pour le lift… Voiture immobilisée à deux-cent mètres de notre destination par les gendarmes car Jacques avait oublié ses papiers de bord… (je suis rentré chez moi en « Stop » à six heures du matin…)

Né en 1963 et originaire d’Esneux, il effectue ses études primaires à l’école St-Michel après quoi il obtient le CESS à l’IPEA en 1982 (Eaux et forêts, papeterie – La Reid).

Fils d’indépendants, Jacques est un enfant un peu introverti, me confie-t-il en appel vidéo, lors de notre entretien du 08 avril dernier. Sous un climat tempéré et donc pluvieux (il rit), il lisait souvent et dessinait, comme beaucoup de gamins.

Vers l’âge de 18 ans, alors qu’il illustre déjà un « fanzine » de l’époque (magasine créé par des amateurs passionnés), il visite une expo à l’Institut St-Luc de Liège et décide d’entreprendre un cycle d’enseignement supérieur en option illustration et BD. Il s’installe à Huy vers 1984, où vivent ses parents.

Jacques vit aujourd’hui dans la région de Huy (Wanze). Nous ne sommes pas « proches », mais les gens « du coin » se connaissent toujours un peu, chez nous…

A l’époque, le dessinateur de presse reconnu qu’il est devenu en était à ses débuts… Il venait de quitter l’institut Saint-Luc de Liège en 1986 et réalise une quarantaine de « planches » pour le magasine « Tremplin » durant l’année 1987.

Il travaille durant des années pour des agences de publicité (Bruxelles), sous le statut d’indépendant, réalisant des « Layouts » et des panneaux touristiques, notamment.

En 1997, lassé de cette routine professionnelle et voulant s’adresser à un plus large public, il envisage la BD:

« La Bande Dessinée, c’est un travail de longue haleine sur un an minimum pour réaliser un album, et cela ne me tentait pas. Dès lors, j’ai réalisé des dessins de presse, d’actualités, et j’ai constitué un « book » que j’ai présenté au journal « Vers l’Avenir » et « Le Soir illustré » de l’époque. On m’a dit qu’on me rappellerait, et… les deux journaux m’ont rappelé… J’ai donc fourni deux dessins par semaine pendant un temps, mais cela ne me permettait pas d’en vivre ce que je leur ai dit et je suis passé ensuite à un dessin quotidien, ce qui est toujours le cas… »

Dessinateur de presse depuis 1997, Jacques SONDRON illustre l’actualité de ses dessins qu’il qualifie d’impertinents pour « L’Avenir » (quotidien belge), « Le Courrier International » (hebdomadaire, le meilleur de la presse étrangère, Paris, SA), « WAW » (trimestriel wallon – Liège), « Zelium » (journal français, indépendant, satirique et subversif), « Même pas peur » (journal satirique belge indépendant né après les attentats de Charlie-Hebdo)…

Au moins neuf albums/recueils naîtront de ces impertinences, entre 2011 et 2019 (éditions Luc Pire et Renaissance du Livre):

Mais alors, Jacques, les thèmes de tes dessins te sont-ils imposés ou tu bénéficies d’une certaine liberté d’action?

« C’est-à-dire que je peux choisir mon sujet, mais je suis évidemment tributaire de l’actualité « à chaud » et de la ligne éditoriale du journal, ce qui est normal. Chaque jour j’ai une réunion par téléphone avec le bureau du journal vers 16-17 hrs, moment où on me communique les titres envisagés pour la parution du lendemain, et vers 2O hrs, un dernier contact avec l’édition est établi pour peaufiner ou ajuster le « tir » en fonction des derniers éléments d’actualités intervenus pour « coller » au plus près du sujet demandé. Dès ce moment, je m’adapte avec mes feutres et selon le choix de dessin par la rédaction… »

Les dessins non publiés dans la presse sont évidemment présentés dans les divers albums commercialisés en librairies.

Une interview sur RTC Liège (déc 2018, 8ème album « On a eu chaud! ») est disponible via le lien suivant:

Interview Jacques SONDRON – RTC déc 2018

J’ai eu l’occasion d’obtenir une dédicace en 2015 pour la sortie, à la librairie « La Dérive » de Huy, de l’album « Le rire contre-attaque« … Dédicace visionnaire? Je l’espère… (merci Jacques)

En octobre 2018, il gagne les « battles » de dessinateurs à « St Jean Cap Ferrat » (Nice) et participe à plusieurs reprises au « Festival international de la caricature, de la satire et du dessin de presse » d’Estaque (Marseille) ou de « Bastogne », « Toulouse », entre autres…

Souvent en déplacement, les feutres à la main, Jacques SONDRON fréquente les « pointures » de son milieu et a acquis une solide réputation.

Tu es souvent en déplacement, semble-t-il, au cours de l’année?

« Pas tant que cela… En fait je suis « confiné » depuis 23 ans à domicile puisque je dessine de chez moi quotidiennement. La technologie me permet d’envoyer mes dessins en ligne, d’où que je sois. Je me rends bien sûr régulièrement en France depuis six ou sept ans, pour des rencontres, des festivals, des dédicaces, etc… Je pars généralement  quatre ou cinq jours par mois hors saison estivale, car les festivals ont souvent lieu entre septembre et novembre, parfois en mai pour la Belgique. Lors de certaines rencontres, on peut se retrouver parmi septante dessinateurs du monde entier, d’autres fois on est quelques-uns, pour le plaisir… »

Admettant la qualification de « légèrement indigné« , Jacques SONDRON est un « sniper » de l’actualité. Lorsque je lui demande, pour conclure l’entretien de 25 minutes qu’il a chaleureusement accepté de me consacrer, comment il perçoit la place de la Culture et des Arts dans la société de demain, des prochaines semaines, des prochains mois, il évoque les difficultés de financement public que lui inspire la crise actuelle:

« La Culture, les Arts, la liberté de presse, contribuent à l’équilibre de la démocratie… Les citoyens confient leur confiance et le pouvoir à des représentants qu’ils élisent. Quant à moi, je fais confiance aux artistes de tous bords pour garantir et promouvoir leur liberté d’expression… Et puis je repense à une réflexion de « Churchill » en 1940, lorsque le gouvernement anglais voulais évincer la Culture, et « Churchill » a répondu: ‘A quoi bon faire la guerre si ce n’est pas pour la Culture…' »

Cher Jacques, bravo pour ton parcours impressionnant, pour ta pertinente impertinence, ta liberté, ton coup de crayon singulier, et merci d’exporter notre chère Belgique dans l’hexagone qui nous a si souvent envié les dessinateurs belges… Je me sers un « chti » ballon de rouge à ta santé!

Une petite question, Jacques: Quand tu poses tes crayons un moment, est-ce que ça « tire »?

Merci Jacques, merci l’artiste,

Vincent Poitier,

14 avril 2020

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